mardi 19 septembre 2017

Marina Hands / Une adolescence retrouvée



Marina Hands : une adolescence retrouvée

Par Elizabeth Gouslan | Le 02 octobre 2009
Lucide et instinctive, l’actrice se livre

Elle joue Phèdre ou Lady Chatterley avec le même bonheur. DansMères et filles, élégante dissection d’une relation impossible, cette comédienne incandescente fait face à Catherine Deneuve et Marie-Josée Croze. Lucide et instinctive, Marina se livre.
L’effet Marina Hands. Longue, sculpturale, dotée d’une beauté scandinave qui aurait inspiré Ingmar Bergman ; son authenticité rayonne. C’est une fille du feu – au sens nervalien – qui doit se débarrasser de ses fantômes. Ils sont multiples : un père anglais avec lequel elle n’a pas vécu, une mère slave – l’actrice Ludmila Mikaël –, brûlante icône du théâtre français, et quelques complexes incompréhensibles en voie de guérison. À 32 ans, mademoiselle Hands affiche un C. V. d’excellence : Conservatoire, passage à la Comédie-Française, travail sur Shakespeare, Racine, Claudel, Schnitzler. Ses mentors ? Gérard Desarthe, Patrice Chéreau, Denys Arcand, Julian Schnabel. En Lady Chatterley, dénudée deux heures durant, elle décroche un César de la Meilleure Actrice en 2006 : scandaleuse et pure, surdouée et modeste, « gretagarbienne » et postmoderne.
La jeune réalisatrice Julie Lopes-Curval lui offre dans Mères et Filles,sonate d’automne pianissimo, l’un de ses plus beaux rôles. La voici donc, comédienne littéraire, flottant dans un décor rétro, égérie soudaine d’une nouvelle vague contemporaine. Avec son veston Christian Lacroix homme, ses santiags, sa dégaine de bobo de Greenwich et sa douceur pénétrante, Marina fait, lentement mais sûrement, main basse sur le cinéma…
Madame Figaro. – Vous portez cette délicate partition de la filiation mère-fille sur vos épaules. Le spectateur se sent guidé par vous, vous suscitez sa confiance…
Marina Hands. – C’est le film le plus important pour moi depuis L’Amant de lady Chatterley, de Pascale Ferran. J’adore travailler en binôme avec le metteur en scène. Je fais ce pari de suivre complètement sa ligne, ce qu’il veut et ce qu’il attend de moi, et donc je ne tombe pas toujours sur des choses qui vont m’épanouir ; mais comme je ne travaille qu’en confiance, je ne contrôle jamais rien, je ne regarde pas les rushs. Je suis dans le ressenti et j’avance comme ça.
On sent chez vous et dans vos compositions une vraie défiance vis-à-vis du narcissisme. D’où vient-elle ? De votre éducation ?
Dans mon cas, le narcissisme est plus destructeur que productif, car mon regard sur moi-même est extrêmement négatif, et je me suis rendu compte que les réalisateurs avaient une vision beaucoup plus douce et plus aimante de moi… !
À quel moment surgit-il, ce regard négatif ?
Quand il a fallu que je me définisse au moment de la crise d’identité, à partir de 16 ans. J’ai traversé des années de doute et d’errance, période de stagnation où je ne m’aimais pas. J’ai travaillé cela en thérapie, et c’est comme ça que j’ai trouvé ce métier où je me suis fuie pour mieux me retrouver par l’intermédiaire des personnages.
Fuir votre mère, Ludmila Mikaël, comédienne, et votre père, Terry Hands, metteur en scène shakespearien ?
Il y a eu une intimidation, c’est sûr. Mais quand j’ai senti que j’aimais jouer, les gens m’ont renvoyée à cette légitimité, et cela a construit ma façon de travailler, qui est toujours en rapport avec un autre. Peu à peu, je me suis dit : ah bon, alors je peux, alors j’ai le droit.

« Je n’avais pas le droit d’être médiocre »



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Le terrain maternel est tabou, en somme. Nous sommes là au cœur du film…
Oui, mais c’était complètement malgré elle, parce que s’il y a bien quelqu’un qui m’a toujours poussée dans cette voie, c’est ma mère. Moi, je me disais que je n’avais pas le droit d’embrasser cette profession et, en tout cas, pas celui d’être médiocre.
Dans Mères et Filles, il existe une violente opposition entre Audrey (que vous jouez) et Martine, sa mère, qu’interprète Catherine Deneuve…
À vrai dire, le caractère de cette mère-là est vraiment à l’opposé de la personnalité de ma propre mère.
Comment résumez-vous le personnage de Catherine Deneuve, femme traumatisée qui ne s’autorise pas à se réaliser en tant que mère de sa fille ?
Il y a chez elle une forme de distance qui peut s’apparenter à de la dureté et à une autorité, et qui crée ce problème de communication entre les deux. Audrey va casser la barrière, pour reconstruire leurs rapports sur des bases saines.
Aucune ressemblance, donc, avec votre propre histoire ?
Ma mère est complètement à l’écoute, cool, proche. Le point violent et difficile à gérer dans ma vie, c’était mon père. Ma mère est fusionnelle, elle. Ce ne sont pas nos rapports qui ont résonné en moi dans le scénario, c’est plus la transmission féminine entre générations. Ma grand-mère dans le film ressemble à ma grand-mère dans la vie. C’est une femme qui a été adoptée, et beaucoup de choses qui la constituent se retrouvent chez ma mère et chez moi. Du coup, je peux ressentir l’abandon ou l’affirmation de m’exprimer, d’exister.
Il y a dans le film une scène de tête-à-tête d’une dureté extrême entre Catherine Deneuve et vous. Les non-dits volent en éclats.
C’est bien écrit, n’est-ce pas ? Julie a choisi des actrices qui avaient toutes un rapport secret avec ce scénario. Je voyais ça dans les scènes avec Catherine et aussi avec Marie-Josée Croze (qui joue ma grand-mère, jeune, en flash-back). On avait toutes envie de travailler sur cette histoire et de réfléchir à nos propres relations mère-fille.
L’ombre de Chiara Mastroianni s’est-elle glissée dans l’aventure ?
Non, à aucun moment. D’ailleurs, je ne la connais pas. Je pense qu’il eût été impossible pour Catherine de jouer son rôle de mère avec sa propre fille. Le jeu entre enfants et parents est trop impudique.

« Catherine Deneuve n’est pas distante, elle est dans l’instant »



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Aviez-vous avec Catherine Deneuve des rapports de mère et de fille sur le tournage ?
Absolument pas. Par ailleurs, Catherine n’est pas distante, elle est dans l’instant, attentive aux autres, elle observe, elle est gourmande des gens et des personnalités. Et, en même temps, j’étais contente qu’elle ne ressemble pas à son personnage. Cela établissait une confiance entre nous. Il y avait un vrai plaisir du jeu, on libérait des choses sans qu’il y ait trop d’intensité dans nos rapports. Avec les personnalités en présence sur le plateau, on aurait pu basculer dans une grande noirceur.
Votre personnage, Audrey, enceinte, dit qu’elle n’aime que son travail de designer, qu’elle est trop affreusement égoïste pour être mère. Vous êtes-vous reconnue en elle ?
Oui, complètement, et beaucoup de copines, et ma mère aussi. C’est vrai que c’est tabou, même pour une fille de 30 ans aujourd’hui, mais, dans mon milieu, le milieu artistique, toutes ces aberrations sont normales et intégrées.
Un milieu d’égoïstes ?
D’égoïstes et de « défectueux » assumés ! On n’est pas dupes de nos défauts à nos âges, et on assume failles et contradictions. C’est ce que j’adore dans ce métier : l’antihéroïsme et la tolérance sont une bouffée d’oxygène. La singularité de chacun devient une mine d’or à explorer.
Audrey, vêtue sportswear, jamais maquillée, archidéterminée, vous ressemble-t-elle ?
Un peu. Je me suis amusée de certaines choses que j’ai enfin dépassées mais dans lesquelles je me suis longtemps empêtrée. Ces chemises larges, ces pantalons informes et l’absence absolue de coquetterie. J’étais ainsi : je souhaitais exister pour ce que j’avais dans la tête et pas pour mon apparence, je désirais sortir de l’image de l’objet sexuel, féminin. J’ai eu envie dans ma vie de contrer ça de façon extrême de 18 à 25 ans. Pas question d’être à la mode ; tout ce qui comptait, c’était l’intériorité. En fait, je rejetais l’être visible, je ne voulais pas que l’extérieur raconte quoi que ce soit.
C’était une négation de votre séduction ?
Oui, ou alors un orgueil suprême. J’avais besoin de jouer avec les codes. Tous les clichés sur ce qu’est la féminité, nier la part de masculinité chez la femme, la taxer de dominatrice dès qu’elle travaille, tout cela m’énerve terriblement. L’être humain possède deux pôles : féminin et masculin confondus. Mais c’est fini, j’ai dépassé ça en douceur. C’était un combat personnel.
Et maintenant ?
J’ai retrouvé mon adolescence, je suis retournée en arrière, je mets plus d’insouciance, plus de jeu dans les apparences. Je m’habille casual ou vamp : un fourreau noir, des robes courtes, longues, des souliers Christian Louboutin, des Jimmy Choo. Je raffole toujours des tailleurs-pantalons, des silhouettes androgynes. J’aime le mélange. Les hommes, d’ailleurs, devraient s’habiller davantage chez les femmes – Jean Paul Gaultier fait ça magnifiquement. J’adore quand, l’été, les hommes portent des paréos. Je trouve cela hypersexué, plus sexy que d’être juste le type dans son costard Hugo Boss et la fille en minirobe avec bijoux et paillettes !
De quoi vous méfiez-vous le plus chez vous ?
De ma douceur. Cette douceur peut me faire dire oui quand je veux dire non !

lundi 18 septembre 2017

En privé avec Marina Hands




En privé avec Marina Hands

Par Sophie Grassin | Le 28 janvier 2012

 Elle est l'affiche de "Sport de filles". Confidences sans fard d'une actrice trop rare
Elle traverse Sport de filles, de Patricia Mazuy, en palefrenière à la mauvaise humeur têtue qu’un entraîneur déchu (Bruno Ganz) accepte de prendre sous son aile. Confidences sans fard d’une actrice trop rare.


Madame Figaro. - D’où vient votre passion du cheval ?
Marina Hands. - De mes tours de poney au jardin des Tuileries à l’âge de 4 ans. Quand Patricia Mazuy, réalisatrice que j’adore, m’a proposé Sport de filles, j’ai aussitôt accepté. Il n’y avait pas encore de scénario. Mais l’histoire – une jeune femme au plus bas de l’échelle sociale retrouve sa dignité en découvrant le dressage de haute école – recelait quelque chose de très affectif pour moi.

Votre principal trait de caractère ?
Timide, introvertie, hypersensible...

Et celui dont vous êtes le moins fière ?
Les petites lâchetés du quotidien. J’ai toujours tendance à préférer la fuite à la confrontation.

Que changeriez-vous chez vous si vous le pouviez ?
J’essaierais de me montrer plus sociable. On me raconte souvent des dîners formidables où vingt-cinq personnes ont débattu de sujets géniaux. Je ne peux pas. Je reste à la porte.

Pour vous, l’élégance, c’est...
D’abord une attitude morale. Aller vers les autres, accepter de vivre ensemble. Si on ne possède pas ça, on n’a aucune élégance.

"Mon héroïne ? Gisèle Halimi !"

Pour vous, la vulgarité, c’est...
Ne pas avoir conscience de son voisin.
La chanson qui passe en boucle dans votre iPod ?
L’album des Fleet Foxes du même nom, un groupe folk de barbus à guitares. Il date de 2008, mais films ou disques, j’ai toujours trois ou quatre ans de retard.

Le talent que vous auriez aimé avoir ?
La chirurgie. Mais, restons modeste, je vais répondre la musique.

Le casting d’un dîner idéal chez vous ?
Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Kate Winslet et Cate Blanchett. Des comédiennes que j’admire, pour les entendre évoquer ce métier comme elles n’en parlent jamais en interview.

Votre héroïne dans la vie ?
Gisèle Halimi. Je viens de l’incarner dans Pour Djamila, un téléfilm de Caroline Huppert, bientôt diffusé sur France 3 puis sur Arte. Être actrice vous permet de rattraper des tas de choses.
Votre plus belle rencontre ?
Il y en a eu tellement. Peut-être Michel Piccoli qui m’a donné la réplique quelques minutes sur scène au Conservatoire lorsque j’avais 20 ans. Sans ce moment vertigineux, peut-être n’aurais-je jamais aspiré à tout ce que j’ai réalisé par la suite. Chaque fois que nous nous croisons, il s’en souvient, et cela me fait plaisir.

Qu’avez-vous réussi de mieux dans votre vie ?
Sans doute à accomplir ce que je voulais. La passion du jeu m’est tombée dessus très tard – je voulais être cavalière professionnelle. Se donner le temps, ça vaut le coup, non ?

La partie la plus fragile de votre corps ?
L’hémisphère gauche de mon cerveau, autrement dit la partie qui régit les émotions.

Votre truc contre le stress ?
Si vous avez des conseils à me donner... je prends. Peut-être de l’évacuer avant la somatisation : s’autoriser à rire, pleurer, crier.

L’endroit qui vous ressemble ?
Londres. Ville de la cohabitation et du mélange, où les fans de Kate et de William peuvent côtoyer les artistes incisifs et punk comme Banksy.

La phrase qui vous déstabilise ?
« Pour qui vas-tu voter à la prochaine présidentielle ? »

Qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous ?
Rien, du moins en mon absence.



dimanche 17 septembre 2017

Harry Dean Stanton / Le fantôme surgi du désert



Le fantôme surgi du désert


Mort d’Harry Dean Stanton, 
interprète de « Paris, Texas »

L’acteur américain, que l’on verra dans « Lucky » en décembre, savait rendre ses seconds rôles inoubliables


LE MONDE | 16.09.2017 à 12h10 • Mis à jour le 16.09.2017 à 14h02 | Par Thomas Sotinel

Harry Dean Stanton à Los Angeles, en 2011. GUS RUELAS / REUTERS

En janvier à Sundance, en août à Locarno, les festivaliers ont découvert dans le film Lucky un personnage du même nom. Un nonagénaire dégingandé au visage émacié, un peu effrayant jusqu’à ce qu’un sourire irrésistible vienne l’illuminer. Il égrenait ses souvenirs – son enfance dans le Kentucky, sa guerre du Pacifique à bord d’un transport de troupe. Face à la mort, il opposait un athéisme résolu, quitte à scandaliser ses voisins. Ces bribes étaient empruntées à la vie de son interprète, Harry Dean Stanton. Une vie qui vient de s’achever à Los Angeles, le 15 septembre, à l’âge de 91 ans.

Il avait tourné dans environ 200 films et épisodes de séries télévisées, de 1954 à 2017, du western Revolt at Fort Laramie à la nouvelle saison de Twin Peaks. Son interminable début de carrière fut celui d’un obscur second rôle, mais à partir de la fin des années 1970, le public apprit à identifier Harry Dean Stanton dans Le Malin, de John Huston (1978), puis, l’année suivante, dans Alien, de Ridley Scott, et The Rose, de Mark Rydell.



Fantôme surgi du désert

Pour les spectateurs européens, il reste Travis Henderson, le fantôme surgi du désert, dans Paris, Texas, de Wim Wenders (1984), où, pour la première fois d’une carrière entamée trente ans plus tôt, il tenait un premier rôle. Pour les « millenials », Harry Dean Stanton sera toujours Roman Grant, le patriarche polygame de la série Big Love. C’était aussi un musicien. On l’entend interpréter quelques chansons de mariachis dans Lucky et l’on peut trouver sa version de Blue Bayou sur l’album Partly Fiction, bande originale d’un documentaire qui lui fut consacré.

Harry Dean Stanton est né le 14 juillet 1926 à West Irvine (Kentucky), dans une famille d’agriculteurs baptistes. Après avoir servi en tant que cuisinier dans la marine – son bateau participa à la prise d’Okinawa –, il entre à l’université du Kentucky qu’il quitte avant d’avoir obtenu son diplôme, par esprit de rébellion. Il part pour la Californie et étudie l’art dramatique au Pasadena Playhouse.




Parfait cow-boy

A cette époque – les années 1950 – son physique de grand échalas au visage inquiétant lui interdit d’aspirer aux premiers rôles. Mais il fait de lui le parfait cow-boy et Harry Dean Stanton (souvent crédité au générique sous le nom de Dean Stanton) est un habitué des westerns que la jeune télévision américaine produit en masse. On le voit dans Rawhide, Gunsmoke, Bonanza, mais aussi dans Le Fugitifou Alfred Hitchcock présente. Il se fait remarquer une première fois en codétenu mélancolique et mélomane (il chante le cantique Just a Closer Walk With Thee) de Paul Newman dans Luke la main froide (Stuart Rosenberg, 1967).

Son mode de vie anticonformiste l’oriente vers les marges d’Hollywood. Il tourne dans Macadam à deux voies, de Monte Hellman (1971) puis dans Pat Garrett et Billy The Kid, de Sam Peckinpah (1973) aux côtés de Kris Kristofferson et de Bob Dylan. Ce dernier l’invite à participer à l’aventure de Renaldo et Clara, le film que l’auteur de Mr Tambourine Man a tourné pendant la tournée Rolling Thunder Revue, en 1975. Harry Dean Stanton y croise Sam Shepard qui, huit ans plus tard, au hasard d’une rencontre dans un bar de Santa Fe, lui propose le premier rôle d’un film qu’il est en train d’écrire, Paris, Texas.

A ce moment, Harry Dean Stanton est définitivement sorti de l’anonymat. Mécanicien du vaisseau Nostromo dans Alien, chanteur de country qui détruit en une séquence l’ego de la rock star Bette Midler dans The Rose : chacun de ses rôles marque les imaginations. Bertrand Tavernier fait appel à lui pour La Mort en direct. Le critique Roger Ebert, qui règne alors sur le goût cinéphile américain, remarque : « Tout film qui compte Harry Dean Stanton ou M. Emmet Walsh [autre grand acteur de composition] dans un second rôle ne peut être tout à fait mauvais. »

Harry David Stanton et David Lynch

Cinq collaborations avec David Lynch

Mais à part Paris, Texas, la filmographie d’Harry Dean Stanton ne compte qu’un autre premier rôle, celui du recouvreur de dettes dans le film de science-fiction punk d’Alex Cox Repo Man (1984). Il est alors presque une star, invité de l’émission satirique Saturday Night Live, sujet d’un long portrait dans le New York Times Magazine.

Il est le père de Molly Ringwald dans Rose Bonbon, joue pour John Carpenter dans New York 1997 et Christine, commence une collaboration au long cours avec David Lynch, d’abord dans Sailor et Lula,puis Twin Peaks : Fire Walk With Me, Une histoire vraie, Inland Empire et récemment dans la nouvelle saison de Twin Peaks. Sur le tournage de Big Love, l’assistant personnel d’Harry Dean Stanton, Logan Sparks est fasciné par son patron au point d’écrire le scénario de Lucky. Le film, qui doit sortir le 13 décembre en France, fera la plus belle épitaphe dont pouvait rêver un acteur.






vendredi 15 septembre 2017

Isabelle Rimbaud / Une soeur à la gloire de son frère


Isabelle Rimbaud, une soeur à la gloire de son frère

David Westphal
15 juillet 2016, 10h34 | MAJ : 06 septembre 2016, 18h03

Qui veilla sur le poète durant sa longue agonie ? Et, surtout, qui consacra sa vie à bâtir, plus ou moins fidèlement, sa légende ? Sa jeune sœur ! Par amour fraternel, elle se mit même à l’écriture.

En ce mois de mai 1891, Isabelle Rimbaud a 30 ans lorsque son frère Arthur, gravement malade, l’appelle d’urgence à son chevet. De six ans sa cadette, elle ne l’a pas vu depuis onze ans, ne connaît rien de ses aventures commerciales en Afrique, n’a jamais lu une ligne écrite de sa main… S’ils n’ont partagé, enfants, que de rares instants de vie familiale, elle sait qu’il est aussi indomptable que brillant. Elle est désormais adulte et sans doute curieuse, malgré les circonstances, de découvrir ce frère dont les « semelles de vent », comme disait le poète Verlaine, l’ont éloigné d’elle. Ce qu’elle ignore, c’est que lui venir en aide changera sa propre vie, et qu’elle s’attachera désormais à écrire, quitte à la travestir, la légende d’Arthur Rimbaud.

Quatre mois à son chevet

Isabelle est une sœur aimante, imprégnée d’une éducation chrétienne et rigoriste. Aussi se rend-elle aussitôt auprès de son frère malade. Atteint d’une tumeur maligne au genou, il a dû quitter l’Ethiopie et la ville de Harar, où il faisait du négoce, pour se faire soigner en France. Il entre à l’hôpital de la Conception, à Marseille, où il est amputé. Excepté un bref séjour sur sa terre natale de Charleville (Ardennes), il y vivra les quatre derniers mois de sa courte vie. Quatre mois d’agonie, durant lesquels sa sœur ne le quittera plus et sera, tour à tour, sa secrétaire, sa confidente, son infirmière et son alter ego. C’est ainsi qu’Isabelle Rimbaud n’a vraiment connu son frère qu’au seuil de la mort, recueillant seule ses pensées, ses souvenirs, ses espoirs, travaillant nuit et jour à l’assister pour le nourrir, le laver et soulager ses souffrances.

L’un des plus célèbres portraits du poète, alors âgé de 17 ans, réalisé à partir d’une photo d’Etienne Carjat. – Bianchetti/Leemage
L’un des plus célèbres portraits du poète, alors âgé de 17 ans, réalisé à partir d’une photo d’Etienne Carjat.
Bianchetti/Leemage

Un surprenant portrait

Arthur Rimbaud meurt le 10 novembre 1891 à l’âge de 37 ans. Après avoir exécuté ses dernières volontés, Isabelle va tenter de lui rendre la gloire et les égards qu’à son sens il mérite, dessiner pour lui un costume sans tache ni accroc. Témoin privilégié des derniers jours, elle s’emploie à défendre sa mémoire, à le faire connaître de tous, à publier ses écrits, à raconter en partie sa vie et son histoire. Dans ses quatre livres sur son frère, elle mêle les faits et les interprétations que lui dicte sa propre foi. En 1914, dans Rimbaud mystique, elle écrit : « J’ai la conviction absolue qu’il entrait dans les desseins d’En-Haut que cet élu se vêtît sur la terre des oripeaux de l’incroyance, afin de mieux prouver aux hommes l’inanité de leurs révoltes contre la puissance éternelle. » En regard des frasques et des outrances d’Arthur Rimbaud, ce costume de bon chrétien semble mal ajusté, et en étonne plus d’un !

Ce rapprochement a changé sa vie

Dans les efforts consentis pour bâtir la postérité de son frère, Isabelle va même trouver un mari. Par la simple grâce de ses lettres et la vertu de son combat, elle séduit un homme prêt à l’accompagner dans sa mission. Il s’agit de Pierre-Eugène Dufour, artiste et homme de lettres qui écrit sous un pseudonyme qui fleure bon le XIXe siècle et le théâtre de Georges Feydeau : Paterne Berrichon. Ce dernier demande la main d’Isabelle sans même l’avoir jamais vue, et l’épouse en 1897. Ensemble, ils poursuivront la légende d’Arthur. Aujourd’hui encore, les débats font rage sur l’héritage littéraire laissé par Isabelle Rimbaud. Elle a ses détracteurs et ses défenseurs. La vérité, s’il en est une, tient peut-être dans cette phrase tirée de son ouvrage Mon frère Arthur : « Je l’ai aidé à mourir et lui, avant de me quitter, a voulu m’enseigner le vrai bonheur de la vie. Il m’a, en mourant, aidée à vivre (…). En quatre mois, il m’a plus appris que d’autres en trente années. »
Les mots révélés
1er juin 1860 : Isabelle Rimbaud naît à Charleville (Ardennes), six ans après Arthur.
Mai 1891 : Rimbaud, malade, est rapatrié à Marseille. Isabelle, qui ne l’a pas vu depuis onze ans, l’y rejoint.
10 novembre 1891 : Rimbaud s’éteint. Sa sœur est à ses côtés.
20 juin 1917 : Isabelle décède à Neuilly, près de Paris, d’un cancer.
1921 : Reliques, recueil de textes sur son frère, est publié.


  Le Parisien Magazine





jeudi 14 septembre 2017

Arthur Rimbaud, le voleur de feu, par S.Cohen-Scali

Arthur Rimbaud, le voleur de feu, 

par S.Cohen-Scali



Jeune Amie Lectrice et Jeune Ami Lecteur, cette humble chronique vous est destinée, tout particulièrement, et elle reprend certains de mes propos de février 2014, en un précédent papier.
Mais comme ma très chère co-blogueuse,  Véronique,  a parlé  récemment d’un formidable livre illustré sur Rimbaud et édité par Diane de Selliers, que j’espère avoir pour Noël (je sais c’est un gros cadeau mais je pèse aussi mon poids…), alors que l’on me répète que ma bibliothèque prend trop de place…, je me suis dit que je pouvais, au moins, m’adresser aux jeunes, avant les fêtes et en parlant de Rimbaud, justement.
Voici un livre qui peut être « attaqué » dès le début du collège et qui m’a totalement passionné.
L’auteure place en exergue Arthur Rimbaud, le poète flamboyant, contestataire des autorités, adepte des vagabondages et plus tard des pérégrinations orientalistes et immisce en son écriture une esquisse de biographie, des appuis mis en forme avec doigté de poèmes majeurs et la présence récurrente d’un oiseau multicolore, au plumage tiré du célèbre sonnet « voyelles » et dénommé Baou, qui permet à Arthur de faire le lien entre son univers jugé insipide et la conquête de la vraie vie, par la poésie.
On retrouve « la mother », sa Maman à la fois reconnaissante et fière de ses talents scolaires et intraitable sur son destin tracé, qui ne peut se lier à certaines lectures jugées débauchées et qui, par son comportement, sera autant détestée que consultée par Arthur…
On repère juste de manière fugace le père militaire qui ne venait à « Charlestown » que pour « besogner » son épouse et accroître quantitativement la famille mais qui fut une source inépuisable d’inspiration pour Arthur, puisqu’il a voyagé et qu’il maîtrisait plusieurs langues et dialectes.
On intègre Frédéric et Arthur, frères qui se retrouvent dans la même classe, Frédéric par ses limites et Arthur par son génie et dont la cohabitation ne sera jamais ni aisée, ni repoussée.
On entend les punitions sévères que la Maman distribue et l’importance glauque des latrines où Arthur passe un temps certain, car jugé garnement, et qu’il utilise en imagination poétique.
On est charmé par les liens directs qui unissent Arthur à ses petites soeurs, Vitalie et surtout Isabelle, qui l’identifient comme savant et différent mais aussi comme un solitaire mélancolique et insaisissable.
On salue le professeur d’Arthur, Georges Izambard, qui comprend très vite ses talents et qui essaie sans succès d’instaurer un dialogue entre Arthur et sa mère.
On se rappelle qu’Arthur avait 16 ans au moment de la bataille de Sedan (à quelques encablures de Charleville) et qu’il a connu la terrible tempête de la guerre de 70, avec son frère Frédéric enrôlé, et en orchestrant ce qu’il a vu avec le poème magnifique et glaçant dit du « dormeur du val ».
On suit le Baou et Arthur avec ses fugues à répétition et sa mise en détention dans le Paris en guerre…
On imagine Rimbaud recevoir avec une ferveur absolue le message de Verlaine l’invitant à rejoindre le clan des poètes avec force et frénésie…
Et l’on s’attriste à voir la chère Isabelle veiller son frère de 37 ans s’éteindre à petit feu après un périple de plus de 15 ans, où il s’est éloigné de tout, pour vivre des tonnes d’expérience, et, oublier la poésie dans sa dimension classique pour vivre lui-même une aventure poétique absolue.
Un petit bijou de composition que je recommande à votre attention et qui vous permettra à la fois de découvrir ou redécouvrir Rimbaud et surtout de reprendre en choeur et à coeur ses plus emblématiques poèmes qui vous feront comprendre que c’est bien autre chose que ce satané Maurice Carême, souvent déclamé en primaire, et totalement insupportable, n’est-ce pas ?
Affections Jeunes Amies et Jeunes Amis  et belle lecture et belles futures fêtes!
Éric


mercredi 13 septembre 2017

Verlaine et Rimbaud: passion, humiliations et poésie

Paul Verlaine

Verlaine et Rimbaud: passion, humiliations et poésie

Par Guillaume Evin
Publié le 15/08/2016 à 12:16

Poètes géniaux, amants maudits, Rimbaud et Verlaine ont laissé à la poésie française les plus beaux vers du XIXe siècle. Ils vécurent l'une des histoires d'amour les plus célèbres et cahotiques de leur époque.

Il admire Baudelaire, dévore Balzac, Dumas et bien sûr Hugo, raffole de Banville, succombe à la poésie de Glatigny. Dans ce Paris du Second EmpirePaul Verlaine rêve de vivre de sa plume. Entre deux poèmes, il fréquente les estaminets. Pour rien au monde il ne raterait avec ses amis en fin d'après-midi, "l'heure tout émeraude", celle de l'absinthe
Encombré d'un physique peu flatteur, Verlaine traîne sa peine de cabarets en maisons de tolérance. Heureusement, sa plume parle pour lui. Ses rimes font les beaux jours de la revue Parnasse contemporain. S'il tombe sous le charme d'une fille de 16 ans nommée Mathilde qu'il s'empresse d'épouser, il éprouve bientôt un véritable coup de foudre pour un garçon de 17, qui l'admire et lui a fait parvenir ses écrits: Arthur Rimbaud, qu'il rencontre en 1871. 
Rimbaud rêve lui aussi de devenir poète. Le jeune homme a la beauté du diable et des idées très arrêtées. Il déteste la Sainte-Trinité (l'Eglise, l'Armée, les Institutions), les bonnes manières et les honneurs. Verlaine est subjugué par cet ange tombé du ciel au talent sidérant, qui sublime son mal-être par des vers d'une beauté inouïe.  

Verlaine, à bout, tire deux balles sur son compagnon

Rimbaud est flatté de cet amour qui ne dit pas son nom. Ensemble, ils défraient la chronique. Ils boivent. Ils jurent. Ils provoquent le bourgeois. Choquée, parfois molestée par son mari colérique, Mathilde s'éloigne. Verlaine choisit Rimbaud l'indésirable. A l'été 1872, les amants maudits fuient ce Paris qui les rejette et filent mener une vie de bâton de chaise, d'abord en Belgique, puis en Angleterre. Sur un coup de tête, Rimbaud rentre seul à Charleville. Tristesse infinie qui inspire à Verlaine ses plus beaux vers: "Il pleure dans mon coeur/Comme il pleut sur la ville..." 
Leur histoire est de plus en plus heurtée. Rimbaud malmène Verlaine. L'humilie, le rudoie. Verlaine est à bout. À Bruxelles, il tire deux balles sur son compagnon, touché à l'avant-bras. Arrestation. Procès. Condamnation. Mathilde obtient le divorce. Peu après sa sortie de prison, en janvier 1875, Verlaine court retrouver Rimbaud, parti à Stuttgart. Là-bas, sur la rive du Neckar, une énième dispute clôt à jamais leur relation. Verlaine a 30 ans, Rimbaud dix de moins. 


mardi 12 septembre 2017

L'arme avec laquelle Verlaine manqua de tuer Rimbaud vendue 434 500 euros




L'arme avec laquelle Verlaine manqua de tuer Rimbaud vendue 434 500 euros



 Par LEXPRESS.fr avec AFP , publié le , mis à jour à 



Le poète avait blessé son amant à Bruxelles en tirant sur lui. Le revolver a été vendu ce mercredi aux enchères chez Christie's, à Paris.

10 juillet 1873, 14h, dans une chambre d'un hôtel de la rue des Brasseurs à Bruxelles, deux coups de feu claquent. Verlaine, alors âgé de 29 ans, tire sur Rimbaud, de onze ans son cadet. Une balle blesse le jeune homme au-dessus de l'articulation du poignet. L'autre touche un mur avant de ricocher sur la cheminée. S'achève ainsi le coup de feu le plus célèbre de la littérature française

Une vente au-delà des estimations

L'arme, estimé entre 50 000 et 60 000 euros, a été vendu aux enchère 434 500 euros ce mercredi chez Christie's à Paris. Elle avait signé la fin des relations entre les deux amants. Dénoncé à la police par Rimbaud, l'auteur des Poèmes saturniens sera arrêté, jugé et condamné en août 1873 à deux ans de prison. Il s'agit d'un revolverLefaucheux à six coups de calibre 7 millimètres. Verlaine l'a acheté le matin même chez un armurier bruxellois avec une boîte de 50 cartouches. 
Confisqué par la police, le revolver, d'un modèle très courant à l'époque, sera rendu à l'armurerie Montigny avant d'être cédé en 1981, au moment de la fermeture de ce magasin, à son propriétaire. L'acheteur du jour, dont on ignore la nationalité, a enchéri au téléphone, a seulement précisé la maison de vente. 

Amours tumultueuses

La querelle entre les deux hommes a commencé à Londres en mai 1873. Les amours de Verlaine et Rimbaud sont devenues tumultueuses. Verlaine a envie de renouer avec sa femme, Mathilde, épousée en 1870, un an avant sa rencontre avec l'auteur du Bateau ivre. Après une énième dispute, il plaque son jeune amant et part pour Bruxelles. Rimbaud le rejoint. De nouvelles disputes éclatent. 
Verlaine a des envies de suicide, Rimbaud parle de s'engager dans l'armée. Ils s'enivrent, pleurent, connaissent le désespoir des amours qui s'achèvent. Avant de lui tirer dessus, Rimbaud raconte que Verlaine lui aurait dit: "Tiens! Je t'apprendrai à vouloir partir!".  
A peine pansé à l'hôpital, Rimbaud songe à quitter Bruxelles. Verlaine le menace à nouveau de son arme en pleine rue. Rimbaud hèle un policier qui arrête tout le monde. 

Un autre revolver ?

On connait la suite, en prison (où il passera 555 jours), Verlaine écrira les 32 poèmes de Cellulairement qu'il dispersera dans les recueils SagesseJadis et naguèreParallèlement ou Invectives. Rimbaud, rentré chez sa mère, se met à l'écriture d'Une saison en enfer. Verlaine et Rimbaud se reverront une dernière fois après la libération du premier, en février 1875, à Stuttgart où Rimbaud remet à son ami le manuscrit des Illuminations. 
Selon Le Parisien, un certain Jean Lenoir, ancien chef deux étoiles dans les Ardennes, a dit être lui aussi en possession du revolver, acheté à un antiquaire dans les années 1960. Mais selon Christie's, le modèle en question était courant à l'époque des faits. "Nous nous attendons à en voir d'autres surgir de minute en minute", a dit la maison de ventes au journal.