mercredi 22 mars 2017

Férocité / Réseaux de la criminalité et de l'oppression




Férocité

Réseaux de la criminalité et de l'oppression



19 JANV. 2017 
par 
La férocité est la caractéristique des animaux sauvages et aussi celle des humains qui deviennent violents, déshumanisés et féroces. Il est rapide de devenir féroce et il est aussi facile de réduire un être humain à ses dimensions biologiques, à ses besoins. Le témoignage qui suit est éloquent et montre comment l'intersection entre les systèmes économiques et sociaux est une règle d'or, maintenue entre oppresseurs et opprimés :
« Huit semaines - reprend le soldat barbu - huit semaines et tout ce qu’il y a d'humain dans l’homme disparaît. Les Kaibiles ont trouvé une façon d'annuler la conscience. En deux mois, il est possible d'extraire d'un corps tout ce qui le différencie de l'animal. Ce qui fait qu’il distingue le mal, le bien, la modération. En huit semaines, vous pouvez faire de Saint François un assassin capable de tuer des animaux avec les dents, de survivre en buvant son urine et d’éliminer des dizaines d'êtres humains sans même se soucier de l'âge des victimes. Il suffit de huit semaines pour apprendre à combattre sur tous les terrains et dans toutes les conditions météorologiques, et pour apprendre à se déplacer rapidement en cas d'attaque de l’ennemi. [...] Les Kaibiles sont l’unité d’élite anti-insurrection de l'armée guatémaltèque. Ils sont apparus en 1974, quand a été créée l'École Militaire qui allait devenir le Centre de Formation et des Opérations Spéciales Kaibile. Ce sont les années de guerre civile guatémaltèque, années au cours des quelles les forces gouvernementales et paramilitaires, soutenues par les États-Unis, se retrouvent face à première guérilla désorganisée, puis au groupe rebelle Unité Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque. C’est une guerre sans trêve. Des étudiants, des travailleurs, des professionnels libéraux, des politiciens de l'opposition tombent dans les filets des Kaibiles. Tout le monde. Des villages mayas sont rasés, les paysans sont abattus et leurs corps abandonnés à pourrir sous un soleil inclément. »
(Zerozerozero de Roberto Saviano, Ed. Companhia Das Letras, pp.90-91)
Survivre dans les zones socio-économiques où l'inégalité, la tyrannie et la peur prédominent, c’est la survie limitée et déterminée par les systèmes oppresseurs. L’une des manières d'échapper à l'oppression massive est de travailler pour le système, c’est d'aider les machines oppressives (devenant informateur, tortionnaire etc). Une autre façon est d'adopter les conditions des violences pseudo réparatrices : voler, tuer, torturer ceux qui ont l'argent (peu importe combien), en formant des escadrons et des gangs violents.
Pour se maintenir, les sociétés oppressives utilisent des clandestins, elles créent des bêtes féroces ; ce fut ainsi, par exemple, dans les années de dictature au Brésil, en Argentine, en Uruguay, au Chili, avec la formation de tortionnaires, à tel point que c’est maintenant le même support résiduel que l’on retrouve dans le trafic de la drogue, des armes et du sexe. Un regard attentif sur les bidons-villes, les communautés à faible revenu, révèle cette mosaïque. De la même façon, en Europe de l'Est (ex-Union soviétique et ses satellites), après la Perestroïka, nous avons vu les anciens dirigeants et les responsables politiques, « cadres prometteurs du parti » organiser des opérations millionnaires : réseaux de trafic d'armes, de drogue et de traite des femmes. Pour effectuer ces opérations, il est nécessaire de vider l'humain et de créer des animaux sauvages capables de maintenir l'entreprise. Les médias y contribuent et il est essentiel de générer et de maintenir des désirs : la bonne nourriture, les vêtements de marque et tous les modèles de la consommation et du style dont on fait la propagande.
Chaque fois que les limites et les restrictions de ce qui se passe dans le présent, dans la situation socio-économique ne sont pas acceptées nous en sommes réduits à la survie, à la satisfaction des besoins et ainsi sont créés des êtres complexés, des gens qui se sentent inférieurs de ne pas être riches, de ne pas avoir eu les jouets vus à la télévision, de ne pas habiter dans des appartements comme ceux des gens qui ont plus d’argent. C’est le début de la structuration de la férocité, renforcée par la suite, rendue efficace par des variantes de l’oppression définies par le système, par les familles.
Ce processus de non acceptation fixe des objectifs, des désirs de réalisation, qui font que l’on n’a plus les pieds sur terre (on s’extrait du présent) qui font que l’on s’accroche aux désirs (aux objectifs) que l’on se maintient dans des illusions d'amélioration et à quoi que ce soit que l’on considère comme salvateur, cela va d’exercer la torture pour maintenir l'ordre social, à la vente de drogues et d'armes pour être en mesure d'amasser le premier million de dollars. C’est l’anéantissement humain généré par l'appât du plaisir, des paradis promis et des nirvanas créateurs de bêtes sauvages, autant que martyrs (ceux qui se font sauter avec des bombes), l’anéantissement maintenu et élargi par des systèmes et des situations d'oppression.
Traduit du portugais par Gilda Bernard






mardi 21 mars 2017

L’inévitabilité / Peur et Appréhension


Photo Misha Gordin

L’inévitabilité

Peur et Appréhension


19 MARS 2017 
par 
La perspective de l’inévitable crée, chez certains individus, peur et appréhension, si bien que cela déclenche des désirs constants découlant de la fuite de la perception de l’impuissance paralysante. Ce qui est considéré comme inévitable varie d’un individu à l’autre. Les variations sont initiées à partir des critères "je ne veux pas que cela se produire, ce n’est pas bon pour moi", jusqu’à l’irrémédiable perspective de la mort.
Plus il y a d’éloignements et d’incompatibilités avec sa propre réalité, plus il y a de conditions de l’inévitabilité établies. Dans les situations de dépendance, par exemple, il est courant que l'irréversibilité du processus soit traitée comme un détail, en fonction des souhaits et désirs personnels.

Photo Misha Gordin

Il y a des individus qui devant quelque possibilité de changement que ce soit dans leur routine, ont peur, ils imaginent des catastrophes qui vont de la réprobation de leur de l'enfant dans une discipline particulière à l'école, jusqu'à une perte de poids de deux kilos, traduite comme signal de maladie mortelle.
La condition de l'inévitabilité est une anticipation générée par l'impuissance face à ce qui arrive. Ne pas accepter cela crée des transferts de l’omnipotence générateurs d’arrogance, l'arrogance exprimée à cause de la crainte, la certitude de l'inévitable. Le pessimisme, les idées catastrophiques sont des façons d'éliminer la non-acceptation de l'impuissance face à ce qui se passe, face aux désirs non satisfaits.

Photo Misha Gordin

Dans les relations amoureuses, la crise de la séparation, la peur d'être abandonné/e, crée des idées d’inévitable, prolongées par des dépendances et des mensonges assez fréquents - des techniques de séduction - conçus pour impliquer et garder l'autre, qui vont du célèbre "chantage à la grossesse", jusqu'à se trouver un amant ou une maîtresse pour ne pas souffrir de l'abandon.
Renoncer à la vie est également un aspect de l'expérience de l'inévitabilité, parfois caractérisé par le suicide, par l'abandon de la vie, puisque, dans ces conditions, il est impossible de comprendre l'inéluctabilité complexe de son développement.
Traduit du portugais par Gilda Bernard



vendredi 17 mars 2017

Anafiotika, un quartier fait de rêves / Le quartier plus ancien de l'Europe.




Anafiotika, un quartier fait de rêves

Le quartier plus ancien de l'Europe

9 SEPT. 2013 
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Entre le quartier de Plaka et la roche sacrée d'Acropole se trouve le quartier pittoresque d'Anafiotika. Il s'agit du quartier plus vieux de la Grèce et même d'un parmi les plus anciens de l'Europe. Ce paysage des maisons blanches et petites, des bougainvilliers multicolores, des rues en pierre, est un voyage direct à Anafi, l'île cycladique. C'est une paillette dans la roche et fait la grande différence avec le ciment cruel de la ville.

C'est un refuge, parmi les bâtiments-monstres de la ville, qui domine dès le début du 19ieme siècle. C'était quand le roi Othon a apporté des maîtrises, de Santorin et d'Anafi, à Athènes pour qu'ils reconstruisent le Palais (le parlement d'aujourd'hui). Ces maîtrises ont construit, eux-mêmes, leur propre quartier sous l'ombre d'Acropole, pour y habiter. Alors, ils ont crée un bijou, en semant de petites maisons avec des toits bleus dans la roche et en peinant la pierre avec des fleurs multicolores. Un paradis nouveau pour loger la mémoire de leur paradis perdu. Les descendants de ces premiers habitants sont les chanceux d’aujourd’hui!


Des gouts, des sons, des images, des odeurs du passé, qui se mélangent avec la vie du présent et se moquent du temps. Les gens de ce quartier accroché dans le paysage rocheux, principalement vieux, peux, chaleureux, voyageurs d'une autre époque, regardent avec un plaisir intime, et probablement avec un peu du chagrin, les autres, les Athéniens de la ville, qui perdent leur vie en chassant le temps perdu; eux, ils en ont échappé.



De la hauteur de leur quartier, où le temps est arrêté, ils peuvent regarder toute la ville comme une peinture des couleurs vives, bouleversée, et un peu ennuyée, par le rythme angoissant de la vie moderne. Les couleurs de leur propre tableau restent solides et invariables au cours du temps.