jeudi 17 août 2017

Rihanna Fashion Book

Rihanna on CR Fashion Book #9 Fall/Winter 2016 Cover





RIHANNA

FASHION BOOK

 OTOÑO / INVIERNO 2011

TERRY RICHARDSON







Rihanna wears pleated Givenchy Haute Couture dress by Riccardo Tisci
Rihanna wears pleated Givenchy Haute Couture dress by Riccardo Tisci
Rihanna wears pleated Givenchy Haute Couture dress by Riccardo Tisci
Rihanna wears pleated Givenchy Haute Couture dress by Riccardo Tisci
Rihanna flaunts her legs in Balenciaga coat and heels
Rihanna flaunts her legs in Balenciaga coat and heels
Rihanna poses in Dilara Findikoglu dress and corset with Giuseppe Zanotti shoes
Rihanna poses in Dilara Findikoglu dress and corset with Giuseppe Zanotti shoes
Rihanna shows off her shoulders in Balenciaga jacket
Rihanna shows off her shoulders in Balenciaga jacket

mercredi 16 août 2017

Hanselmann, le dernier diable de Tasmanie

Simon Hanselmann, le 27 janvier à l’occasion du festival d’Angoulême.
Simon Hanselmann, le 27 janvier à l’occasion du festival d’Angoulême.Photo Claude Pauquet. VU







HANSELMANN, LE DERNIER DIABLE DE TASMANIE

Par Marius Chapuis— 14 juillet 2017 à 17:46
Jusqu’au 5 août, «Libération» publie en exclusivité des planches extraites de «Happy Fucking Birthday», le prochain album des aventures drôles et trash de Megg, une sorcière, Mogg, un chat, et Owl, un hibou. Entretien avec son auteur australien, travelo et «gamin fou» de 36 ans.

Personne ne l’a vu venir. D’un coup, en 2012, un jeune auteur de BD a surgi de nulle part ou presque - la Tasmanie, en l’occurrence. Emergeant du bouillon d’images de Tumblr, plateforme qui s’est depuis imposée comme un lieu d’exposition privilégié pour la BD indé, l’inconnu Simon Hanselmann y a balancé sa première bombe, Megg, Mogg & Owl. En quelques mois, un mec qui vivait dans un cabanon de jardin se retrouve à signer des deals aux Etats-Unis et en Europe.
Comédie outrancière, sa BD raconte la vie commune d’une sorcière alcoolo et toxico (Megg), de son mec (Mogg) qui se trouve être un chat noir à peu près aussi barge, et de leur coloc (Owl), un hibou guindé qui fait office de tête de turc. Pompé sur la série de bouquins pour enfants Meg and Mog (avec un seul «g», le genre de détail important lorsqu’on souhaite éviter les procès), le trio de Hanselmann végète la moitié du temps sur un canapé défoncé d’un triste pavillon de banlieue. Hilarant et décadent, le résultat n’a rien à envier aux Simpson ou à South Park en termes de provoc, tout en louchant sur le cinéma de Todd Solondz, auquel il emprunte sa jouissance dans la mise en scène du malaise de la modeste middle class.
Dans ce splendide défouloir aux allures d’autobiographie déguisée, chaque personnage s’inscrit à merveille dans les instances freudiennes du Moi (Megg), du Ça (Mogg) et du Surmoi (le pisse-froid Owl) et rejoue les combats de la psyché entre tentation, débauche et sursaut de responsabilité. Il faut admettre que Hanselmann est un garçon complexe : travelo marié à une femme, petit agité adoubé par les stars du comics indé Charles Burns, Gary Panter ou Daniel Clowes, il vit en heureux déraciné à Seattle.
Rencontré longuement en février lors du festival d’Angoulême (d’où il aurait aimé repartir avec un prix - «histoire d’être au niveau et de décorer [ses] toilettes»), il se montre calme, posé et d’une étonnante lucidité sur une vie qui en aurait laissé plus d’un méchamment cabossé, entre une mère toxico et des abus divers et variés. «Simon est un type fascinant, nous explique le bienveillant Clowes. Ce gamin fou de Tasmanie… Il n’a que 36 ans, c’est encore un gamin, mais on a l’impression qu’il a vécu plus de choses que 90 % des gens. Il a développé un cynisme de vieillard que je trouve très séduisant. Et peu d’auteurs de son âge ont le courage de faire des BD marrantes, ce qui est bien plus difficile à faire que des drames…»
Entretien avant la prépublication dans ces pages de Happy Fucking Birthday, le quatrième album de Megg, Mogg & Owl (qui doit paraître aux éditions Misma le 24 octobre). Pas d’inquiétude : il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents volumes pour apprécier. A partir du 5 août, le Français Nicolas Presl prendra le relais pour la seconde partie des BD de l’été, avec son splendide Levant (éd. Atrabile), odyssée muette dans un pays au bord de la guerre.
Vous avez passé toute votre jeunesse en Tasmanie. Comment on s’en remet ?
Werewolf Jones
J’ai grandi dans un coin vraiment pauvre de la Tasmanie, d’abord à Launceston, puis à Hobart, la capitale. Ma mère était toxico et volait des trucs, de la bouffe notamment, pour s’en sortir. Mon père était motard et il est parti quand j’étais vraiment très jeune. Je ne le connais quasiment pas, la dernière fois qu’on s’est parlé j’avais 15 ans, et à chaque fois où on s’est rencontré c’était très bizarre… Du coup, j’ai été élevé par deux femmes cintrées : ma mère et ma grand-mère, qui est schizophrène. Je n’ai pas passé des masses de temps à l’école. Très tôt, mon but a été de rester chez moi et de dessiner. J’ai commencé à 5 ans et je me suis autopublié à partir de 8 ans. J’allais dans une épicerie où je photocopiais mes BD avant de les revendre à la récré. Je me pointais devant les autres gamins et je leur fourguais mes bidules pompés sur Mad Magazine. Un jour, je me suis fait choper par le proviseur qui a vu que c’était des histoires de petits animaux qui baisaient et s’entretuaient. Il m’a expliqué qu’on n’avait pas le droit de faire son propre magazine et de le vendre comme ça. Et moi j’étais là, genre : «Bah et la presse locale ? Et puis c’est pas des revues, c’est des fanzines, espèce de vieux con !» Du coup, dès que j’ai eu 15 ans, j’ai arrêté l’école.
Mon enfance était pourrie mais, entre deux histoires de toxicos, il y avait des moments sympas, hein. Après, la Tasmanie, c’est vraiment petit… A Hobart, il y avait quelques mecs qui faisaient de la BD et on a réussi à monter une petite scène locale. On a publié une anthologie, fait quelques expos. J’étais un gros poisson dans un tout petit bocal. A l’époque, j’enquillais les boulots de merde, chez McDo comme tout le monde, ou à ramasser des chiures d’oiseaux dans des hangars d’avions. Le pire, c’était de bosser dans des call centers, à répéter des «bonsoir, comment allez-vous, souhaiteriez vous discuter de vos contrats bancaires ?» pour se faire envoyer chier.
A 25 ans, je me suis cassé, direction Melbourne. J’ai pas mal de copains qui ont balisé en arrivant là-bas. Ils s’installaient en Australie et, quelques mois plus tard, ils revenaient avec des gros problèmes d’addiction… Vu de chez nous, Melbourne, c’est New York. Mais ça s’est plutôt bien passé. J’ai même suivi une fille à Londres pendant quelque temps avant de revenir à Melbourne pour des galères de visa. C’est là que je me suis retrouvé à vivre dans le cabanon de jardin de mon meilleur ami, HTML Flowers. Enfin, chez sa mère… C’était une super période. Je me pointais au guichet en pleurnichant : «Oh ma mère est toxico et je suis au trente-sixième dessous, je peux vraiment pas bosser», et l’Etat me filait 500 dollars. Quand on vit dans un cabanon, ça suffit largement. Du coup, on passait nos journées à faire du vélo, à dessiner…
Et la BD dans tout ça, comment ça a fini par marcher ?
Megg, sorcière toxico
A 21 ans, je me suis lancé dans Girl Mountain, un roman graphique qui devait faire 1 000 pages. J’étais jeune, con, et j’ai abandonné après avoir fait un quart de la BD. Megg, Mogg & Owl a débuté comme une respiration entre deux chapitres. Et je me suis rendu compte que c’était mieux. Ce grand projet idiot m’a permis d’apprendre tout ce qu’il ne fallait pas faire. En 2012, j’ai commencé à mettre Megg & Mogg sur Tumblr. Je n’étais pas particulièrement en avance, côté Internet ; moi, j’étais plus branché fanzines. Mais le truc est devenu viral - à l’échelle du comics, hein. Deux mois après, Fantagraphics [aux Etats-Unis, ndlr] et Misma [en France et en Espagne] me proposaient des contrats. Jamais je ne les quitterai. Depuis, j’ai eu des offres de gros éditeurs, mais ils peuvent aller se faire foutre ! Avec ces premiers contrats, j’ai pu arrêter de vivre aux crochets de l’Etat avant qu’on ne m’oblige à trouver un «vrai boulot». Je tentais de leur expliquer que je venais de signer avec un éditeur européen, que Cartoon Network pensait adapter ma BD en dessin animé, que c’était pas le moment de me faire chier avec une formation débile… mais ils pigeaient rien. Avec le recul, je me dis que les aides d’Etat, c’était une forme d’aide à la création culturelle.
Vous avez pris l’habitude de vous montrer en public habillé en femme. Ce travestissement fascine pas mal de monde…
Selon ma mère, ça remonte à la fois où elle m’a fait essayer les dessous de ma tante. J’avais 2 ans… Depuis, c’est devenu un truc super naturel. Je ne crois pas qu’on naisse comme ça… On naît homosexuel mais, ça, j’ai l’impression que c’est différent. Depuis tout jeune je suis attiré par les choses féminines. Je trouve ça assez logique d’être attiré par les filles et d’aimer les vêtements qu’elles portent. Si l’on en croit les manuels de psychiatrie américain, c’est rangé pas très loin de la nécrophilie (rires).J’ai gardé ça secret jusqu’à 30 ans. Parce que ça foutait un bordel pas possible avec mes copines. Quand je leur avouais ça, elles gueulaient des trucs genre : «Mais, putain, t’es gay ! C’est pas possible !» Et puis, en 2012, j’ai tout expliqué dans une interview. Je flippais à l’idée que les gens me rejettent, qu’ils me disent que j’étais dégueulasse… et finalement, tout le monde s’en foutait. Cinq ans après, ça n’a plus aucune importance. Je m’habille encore souvent en femme et ça ne me rend plus parano comme avant. Même s’il est inenvisageable que je m’habille comme ça en Tasmanie, c’est super homophobe comme endroit. Si tu mets une écharpe là-bas, on te traite de pédé… Mais ce genre de comportement débile, ça arrive partout, à Melbourne comme en France. Je n’ai pas l’air, mais je suis plutôt timide. Après, ça ne m’empêchera pas de me faire belle pour Angoulême [il s’est effectivement baladé en mini-jupe et bas résille les jours suivants]. Ce qui est vraiment pénible, c’est quand les fans m’engueulent lorsque je ne suis pas en femme, genre : «Oh, on a fait huit heures de route pour venir te voir et tu n’as même pas mis ta robe…»
A quel âge on a commencé à vous coller chez le psy ?
Owl, tête de turc
Super jeune, genre 13 ou 14 ans. Et j’ai dû continuer pour décrocher les aides de l’Etat. Je n’avais pas l’impression d’en avoir besoin, mais bon… ça ne me dérangeait pas. Dès que je parlais de ma mère tox, ça leur allait. J’ai arrêté la thérapie il y a trois ou quatre ans. Mon problème, c’était pas ma mère mais que j’étais tellement obsédé par l’idée de vivre de mes BD que ça me foutait en rogne tout le temps.
Vous entretenez quel rapport aux drogues ? Une mère toxicomane, ça doit dissuader…
J’ai du bol, j’ai épousé une fille qui vit dans un des trois Etats américains où fumer est légal. A Seattle, je peux aller acheter ma marijuana dans une belle petite boutique. Je ne passe pas mes journées défoncé pour autant, mais ça aide à se concentrer. Surtout quand on reste assis des heures à dessiner sans bouger… Il y a dix ans, j’ai arrêté de fumer des pétards parce que j’étais fauché, je suis retourné chez ma mère et j’ai viré alcoolo. Je faisais des trucs horriblement cons. Dans Megg, Mogg & Owl, le moment où Owl va dans une boutique de location de VHS et emmerde un couple jusqu’à se prendre un gnon, bah c’est moi à ce moment-là. Maintenant, je suis marié et je me tiens à carreau. Pour la suite de Megg & Mogg, je vais me concentrer sur ma mère et ma grand-mère. A un moment, il faudra bien que les personnages grandissent et mettent les choses à plat. Ça fait un bout de temps que ça me titille, mais je redoute la réaction de ma mère. Je pense que ça va lui faire du mal et j’y tiens pas particulièrement. Mais à un moment, fait chier, faut qu’elle assume. La dernière fois que je l’ai vue, c’était pour Noël 2015. L’horreur, elle transpirait comme une dingue et elle s’est mise à jeter des trucs partout avant de me planter avec ses copines. Pendant toute la soirée, je me répétais que c’était le pire Noël de l’histoire, mais une petite voix dans ma tête prenait des notes en disant que ça allait faire un super bouquin.
Sinon, pour en revenir à la drogue, je ne me suis jamais piqué, j’ai vu trop de truc dégueu. Les pilules ou les champis, OK, mais ça jamais. MM & O [Megg, Mogg & Owl], ça permet de se détacher un peu, de voir les choses sous un autre angle. Par moments, je suis reconnaissant de toutes les saloperies qui ont pu m’arriver. Je suis content d’avoir eu une enfance de merde, de ne pas avoir eu deux parents et de n’avoir pas grandi dans une famille de riches. Je ne serais pas devenu aussi fort qu’aujourd’hui.
Derrière le côté provo, vous êtes assez conservateur… Vous ne déviez jamais d’une composition en gaufrier (composition la plus classique d’une planche, divisée en cases de tailles identiques).
Mogg, mistigri gris
Je ne suis pas vraiment un très bon dessinateur. La clé, c’est l’écriture, le flow. Il faut que ça se lise facilement, que le texte ne ralentisse pas le lecteur. Je suis persuadé qu’une grosse partie de mon succès tient au fait que mes BD sont super faciles à lire. Je ne suis plus capable de lire les trucs de Chris Ware. C’est trop compliqué, je suis perdu… Il faut un putain de manuel. J’ai bien essayé de faire des compositions un peu plus dingues, mais pfff… je suis flemmard (rires).
Vous avez l’air de tenir au côté «do it yourself» de vos BD. Vous ne lâchez pas l’aquarelle et ces pots de colorant alimentaire que vous utilisez pour le jaune…
C’est vrai que Clowes, Burns et compagnie sont tous passés à la colorisation en numérique. Le truc, c’est que j’ai grandi en étant fauché, je n’ai pas eu d’ordinateur avant 2012. J’ai bien essayé de regarder des tutos pour apprendre Photoshop, mais une fois devant le logiciel, j’ai l’impression d’être un chirurgien qui observe un drame au ralenti. Du coup, je fais comme j’ai toujours fait, avec mon aquarelle, mes petits pots de colorant et ce que vous voyez à la fin est exactement tel que je l’ai fait. Il y a une forme d’honnêteté là-dedans. Et c’est la seule chose que je sais faire.
MM & O va vous occuper toute votre vie, non ? Vous allez faire comme Gasoline Alley, ce strip débuté par Frank King en 1918 et qui ne s’est jamais interrompu depuis, passant d’un auteur à un autre…
Ouais, carrément. Enfin, je suis plus sur le modèle de Love & Rockets [série des frères Hernandez dans laquelle les personnages vieillissent, meurent, etc.]. Je voudrais voir Megg et Mogg grandir, évoluer. Mais j’ai pas envie d’arriver au moment où ils vont faire du sport et boire des boissons vitaminées. J’ai fait une petite BD de commande il n’y a pas longtemps, genre une histoire à la Roman Polanski dans l’espace : une tannée. Au début, je pensais que ça allait être cool, différent. Résultat, j’ai détesté être loin de Megg et Mogg. J’ai envisagé d’en faire une adaptation télé - avec Lindsay Lohan en Megg -, mais ça m’est passé. Peut-être qu’à un moment, je vais grandir et me lancer dans cette adaptation de Mystères de Knut Hamsun. Mais je ne suis pas prêt. Là, mon nouvel objectif, c’est de préparer l’expo pour la galerie Martel [à Paris] en octobre. Ça me stresse parce que ce genre d’endroit est plutôt réservé aux artistes classes et malins.
Votre humour va très loin dans le mauvais goût. Ça ne vous a jamais posé de problème ?
La scène où Owl se fait violer par Megg et Mogg n’est pas super bien passée. Des filles sont venues me voir pour me dire qu’elles avaient été violées et qu’elles ne trouvaient pas ça très malin. Je ne disais rien… Mais à un moment, ça va : c’est le genre de trucs qui me sont arrivés à moi et à des amis. C’est plutôt intime ! J’ai longtemps essayé d’être arrangeant avec ces gens qui ont un avis sur tout, mais c’est fini. Cet état d’esprit transpire la faiblesse. A force de se protéger de tout, en vivant dans une petite bulle qui permet de ne rien affronter, ça donne des générations de gens mous. Et puis la planète se casse la gueule : le Brexit, Trump, vos propres élections en France… Faut vous endurcir un peu, les gars. On peut pas tout éviter à coup de psy.
Photo Claude Pauquet. VU

mardi 15 août 2017

David Hockney / Splash




David Hockney

dAVID HOCKNEY

SPLASH

Par Didier Péron— 16 juin 2017 à 19:16



«Gregory Swimming, Los Angeles», 31 mars 1982.
«Gregory Swimming, Los Angeles», 31 mars 1982. David Hockney. Photo Richard Schmidt


«Quiconque a séjourné ne serait-ce que cinq minutes à Los Angeles comprendra que cette cité de l’horreur nocturne n’a rien à voir avec le royaume aseptisé inventé par Hockney dans ses tableaux des années 60», écrivait J.G. Ballard, l’auteur de Crash, dans un article vipérin et d’une mauvaise fois absolue, paru en 1988 dans le Guardian. Il est vrai que Ballard a toujours marqué sa préférence pour Salvador Dalí, ce qui ne plaide pas pour sa grande acuité de critique d’art. Hockney ne cherchait pas, à l’époque, la moindre réalité (dont on pouvait d’évidence constater chaque jour à Hollywood l’inexorable disparition) mais déjà une «vérité» toujours, chez lui, très intime, attachée très anxieusement et profondément à une sorte de phénoménologie personnelle toujours en alerte
Né dans une famille modeste à Bradford dans le Yorkshire, Hockney a vu dans la lumière limpide des hauteurs de LA et la décontraction hédonistes de jeunes hommes toujours prompts à se mettre tout nus au bord de la piscine, matière à définir un regard empli de cette même fraîcheur inaugurale qu’il admire chez le peintre dominicain Fra Angelico.
Avec ses cheveux peroxydés, ses lunettes rondes et ses costumes crème, Hockney a vite brillé entre Londres, Los Angeles, New York, Paris, de l’aura d’une pop-star excentrique, jusqu’à devenir le héros fascinant du documentaire A Bigger Splash de Jack Hazan en 1974 où on le voit créer sous l’emprise d’une rupture amoureuse avec son modèle et amant, Peter Schlesinger. Si la notoriété mainstream de Hockney reste liée à ces séries de tableaux d’eaux bleues, palmiers et villas épurées, l’ensemble de son œuvre, protéiforme et géniale, peut enfin être considérée selon le vaste projet d’une traversée des perceptions et perspectives grâce à l’exposition-événement du centre Pompidou. En accordant à Libération plus de deux heures d’interview, David Hockney, qui aura 80 ans le 9 juillet, démontre encore à quel point son enthousiasme créatif et conceptuel est intact, évoquant dans un même éclat de pensée vif-argent les règles de l’art renaissant et les voix mystérieuses du GPS.
Didier Péron
David Hockney

du 21 juin au 23 octobre 2017
Centre Pompidou, 75004 rens. : centrepompidou.fr





lundi 14 août 2017

Haruki Murakami et les hommes quittés






LA LAMPROIE POUR L’OMBRE

Par Claire Devarrieux— 7 avril 2017 à 19:06

Haruki Murakami et les hommes quittés






Murakami, à Odensee (Danemark), en 2016, devant la maison d’Andersen.
Murakami, à Odensee (Danemark), en 2016, devant la maison d’Andersen. Photo H. Bagger. AFP

Après un premier tirage de 43 000 exemplaires, il a été nécessaire de réimprimer deux fois le nouveau livre du Japonais Haruki Murakami, Des hommes sans femmes, sorti le 2 mars. Dans une période peu favorable à la fiction, et sur un marché français réputé rétif aux nouvelles, ce recueil a rencontré un succès inattendu, même pour l’auteur de 1Q84. Pas la peine de chercher loin pourquoi ça marche : les sept histoires qu’il contient sont excellentes. 73 000 exemplaires sont actuellement en circulation. Ventes nettes après trois semaines d’exploitation : 20 000.

Où sont passés les chats ?

Il y a ici moins de chats que dans Kafka sur le rivage, mais il en est un néanmoins, qui adopte le bar de Kino dans la nouvelle éponyme. Kino est un ancien champion qui, ne pouvant plus courir, a travaillé dix-sept ans dans une société d’articles de sport où il a été heureux. C’est le genre de détail que Murakami donne dans ses récits, comme une ligne de fuite, un pas de côté qui rend la fiction plus légère et plus solide en même temps. Puis Kino a surpris sa femme dans les bras d’un autre. Alors il est parti, et il a pris ce bar, qu’on appelle désormais le Kino. Il compte deux habitués : un curieux type qui vient lire en buvant du whisky. Et le chat. «Il n’est pas impossible que ce chat ait été porteur de bonnes ondes, car, peu à peu, des clients se mirent à fréquenter le Kino.» Vint à l’inverse un jour funeste où le chat s’éclipsa plus longtemps que d’habitude. Puis disparut. «Puis des serpents commencèrent à se montrer.» Quant à Kafka, il est dans la nouvelle qui suit «Le bar de Kino». Ou, sinon Kafka, du moins «Samsa amoureux», un Gregor sans défense qui découvre un monde nouveau en se réveillant, et une émouvante petite serrurière bossue.

Qu’en est-il de l’amour ?

 Chaque histoire confronte un homme et une femme, en proie à l’amour, aussi ne faut-il pas se méprendre sur le titre. L’explication est donnée dans la dernière nouvelle, celle qui justement donne son titre au recueil : «Il est très facile de devenir des hommes sans femmes. On a juste besoin d’aimer profondément une femme et que celle-ci disparaisse ensuite. En général (comme vous le savez), elles auront astucieusement été emmenées par de robustes marins.»Un acteur raconte sa vie à son chauffeur qui se trouve être une conductrice. Un garçon propose à son meilleur copain de sortir avec sa petite amie. Un chirurgien obsessionnellement organisé et célibataire perd la tête pour une menteuse. Une Shéhérazade agent de liaison raconte des histoires de lamproie à l’individu cloîtré à qui elle rend visite. Un homme apprend en pleine nuit le suicide d’une ex. Les schémas, naturellement, ne sont jamais les mêmes.
Murakami est-il toujours le plus occidental des Japonais ?
On ne s’aventurera pas sur ce terrain polémique. On se contentera de relever les nombreuses références au cinéma américain et français (Woody Allen, François Truffaut), à la musique (on n’entend que du vieux jazz dans le bar de Kino, une nouvelle s’appelle «Yesterday» en hommage aux Beatles), et à la littérature : il est question de Franny et Zooey de Salinger. La capacité de souffrir ne connaît pas de frontières ni d’Etats. Pour l’homme amoureux des femmes, son vaste appétit est égal à l’univers.

Claire Devarrieux



Haruki Murakami Des hommes sans femmes Traduit du japonais par Hélène Morita. Belfond, 296 pp., 21 €.